Translate

jueves, 21 de marzo de 2013

20 Mars: Journée de la Francophonie.Message d’Abdou Diouf



Qu’adviendrait-il de la Francophonie si nous devions laisser s’effacer le trait d’union linguistique qui nous relie ? Qu’adviendrait-il de notre communauté si la Francophonie devait recourir, au mieux, à la traduction, au pire, au seul usage de l’anglais, lors de ses interventions, de ses réunions, de ses concertations, à l’instar de la pratique de la langue unique qui s’est largement répandue dans les organisations internationales et régionales ?
Nombre de nos programmes et de nos actions de coopération n’auraient plus raison d’être, et nous perdrions, surtout, ce lien originel et cette connivence naturelle qui font que l’entraide et la solidarité, entre nous, ne s’apparentent pas à de la générosité, mais à de la fraternité. Une fraternité qui a trouvé à s’exprimer, en cette année 2013, de la manière la plus éclatante qui soit, à travers la décision courageuse de l’un de nos membres – la France – de répondre, avec l’appui de plusieurs Etats francophones de la région, à la demande d’aide d’un autre de nos membres – le Mali- dans sa lutte contre le terrorisme, afin que ce pays recouvre au plus vite son intégrité territoriale et que la population retrouve la paix et la sécurité.
C’est également ce lien originel et cette connivence naturelle qui font que nous ne parlons pas seulement la même langue, mais que nous parlons aussi, par-delà nos différences, le même langage : celui des principes et des valeurs, celui de la démocratie et des droits de l’Homme, celui de la diversité culturelle et linguistique, celui de l’équité et de la justice sociale, celui de la régulation et de l’éthique en matière économique et financière.
C’est ce lien originel et cette connivence naturelle qui, en dernier ressort, nous permettent de nous entendre, dans un esprit d’écoute et de respect, sur une vision commune du monde et sur les voies qu’il reviendra, notamment aux jeunes générations, d’emprunter pour construire un « vivre-ensemble » qui réponde aux aspirations de tous. Que cette Journée internationale de la Francophonie soit donc l’occasion de célébrer la langue française, de la chanter dans la convivialité, de la parler en toute complicité, de la déclamer à pleins mots !

martes, 12 de marzo de 2013

L´albatros (Charles Baudelaire)

Charles BAUDELAIRE (1821-1867)




Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid !
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait !

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

viernes, 1 de marzo de 2013

AMOUR, un film de Michael Haneke


Trintignant et Riva, rencontre de deux légendes dans Amour

Le Figaro

Par Marie Noelle Tranchant
«On s'est dit qu'on formait un beau couple. Ce n'est pas le hasard, une distribution», explique Jean-Louis Trintignant, ici avec Emmanuelle Riva.
«On s'est dit qu'on formait un beau couple. Ce n'est pas le hasard, une distribution», explique Jean-Louis Trintignant, ici avec Emmanuelle Riva. Crédits photo : Livia CRISAFI/G19


INTERVIEW - Les deux interprètes du film de Haneke livrent leurs impressions sur un tournage poétique, intimiste et fraternel.

Dans Amour palme d'or au dernier Festival de CannesMichael Haneke réunit deux grands acteurs du cinéma français qu'on n'avait pas vus depuis longtemps à l'écran, Emmanuelle Riva et Jean-Louis Trintignant. L'héroïne avant-gardiste de Hiroshima mon amour et la vedette populaire d' Un homme et une femme se rencontrent, à 80 ans passés, pour former un couple qui vit la fin d'un long amour, affronte la maladie et la mort. Mais rien n'est moins pesant que leur duo. Que ce soit par politesse, pour conjurer la gravité du sujet ou parce qu'ils ont dépassé bien des choses, les deux comédiens octogénaires se retrouvent dans une légèreté blagueuse et poétique.
LE FIGARO. - Vous vous connaissiez bien avant Amour?
Jean-Louis TRINTIGNANT. - Petit, j'avais vu jouer Emmanuelle au cinéma, et j'avais été impressionné…
Emmanuelle RIVA(riant). - Jean-Louis tient beaucoup à faire savoir qu'il est plus jeune que moi. C'est une coquetterie bien inutile puisque c'est la réalité. Il a deux ou trois ans de moins que moi, mais on ne va pas les lui enlever, n'est-ce pas?
Étiez-vous aussi gais, sur le plateau?
J.-L. T. - L'histoire était tellement oppressante que si on n'avait pas ri…
E. R. - On avait des fous rires, sur le plateau. Haneke aussi. Je me souviens d'une prise où j'étais censée être morte. Il est arrivé en éclatant de rire: on voyait mes orteils bouger.
Comment avez-vous réagi quand il vous a proposé ce film?
J.-L. T. - J'ai été enthousiasmé, tout de suite. Curieusement, je l'avais découvert six mois auparavant en voyant­ Caché , et j'avais dit à des amis: «Je ne fais plus de cinéma depuis seize ans, mais si Haneke me demandait de tourner un film avec lui, je le ferais.»
E. R. - Moi aussi, j'ai été emballée à l'idée de représenter la personne et toute l'histoire d'Anne. Arriver à ce point de la vie, avec l'âge qui vous envahit, et se voir offrir un rôle pareil, c'est magnifique. Et très rare, pour une femme.
J.-L. T. - Pour les hommes aussi.

Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva.
Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva. Crédits photo : Denis Manin/Les Films du Losange

Et vous retrouver tous les deux?
J.-L. T. - On s'est dit qu'on formait un beau couple. Ce n'est pas le hasard, une distribution.
E. R. - En tout cas, nous allons très bien ensemble. Et c'est l'avis de tous les spectateurs. On sent la longueur de la vie commune. Et c'est beau.
Vieillir, souffrir, mourir… Le sujet ne vous a pas fait peur?
J.-L. T. - (Levant le doigt, comme à l'école) J'y avais déjà réfléchi…
E. R. - On y pensait avant. Ça n'empêche pas de craquer, parfois.
J.-L. T. - Si on vous donne un rôle de cow-boy, c'est assez lointain. Tandis que là, on se ressemble de très près. Comment ne pas se reconnaître?…
Mais le film s'appelle Amour. Le titre indique-t-il sa véritable tonalité, pour vous?
E. R. - C'est certain. Et j'aime que le mot soit isolé, absolu. Ce n'est pas «un amour», ce n'est pas «l'amour», mais «amour». Comme une personne, une véritable personne entre eux.
J.-L. T. - Le film a eu d'autres titres, mais quand on m'a demandé ce que je pensais d'Amour, j'ai dit qu'on ne pouvait pas trouver mieux.
Comment avez-vous travaillé avec Haneke?
J.-L. T. - Il donnait des indications très simples, quotidiennes. Ou pas d'indication du tout: quand je lui ai demandé ce que mon personnage faisait, à la fin, il m'a répondu: «Ce que vous voulez…» Son style me fait penser au nouveau roman: on raconte des actions, pas des états d'âme. On atteint une émotion, mais elle ne vient pas de lui, qui fait un récit froid, ni de nous, qui jouons les situations, simplement. On interprète toujours trop, dans les films. Je me souviens d'un de mes premiers films où le réalisateur voulait que je consulte ma montre de temps à autre, pour signifier que j'attendais…
E. R. - C'est typique d'une mauvaise direction d'acteur… Avec Haneke, qui n'est jamais dans l'à peu près, l'avantage c'est que quand il dit «ça va», on le croit. Et le seul fait d'avoir été choisi par lui donne une force au départ. Ce que j'ai ressenti de plus fort sur ce tournage, c'est une grande union, quelque chose de très fraternel.
J.-L. T. - Il y avait une équipe de soixante-cinq personnes, mais quand on tournait, Haneke ne voulait pas qu'on soit plus de huit. Dans cette intimité, le technicien qui pousse le travelling respire vraiment avec nous, on partage le même silence.
Ce que vous gardez d'Amour?
J.-L. T. - La chance inespérée d'une expérience poétique nouvelle. Parce que Michael Haneke est avant tout un grand poète.
E. R. - Il me fait penser à ce mot de ­Mozart: «Je cherche les notes qui s'aiment.»

jueves, 21 de febrero de 2013

Les bébés connaissent la grammaire dès 7 mois


Par figaro iconStéphany Gardier - le 20/02/2013
Le Figaro Digital
Les enfants qui évoluent dans un environnement bilingue sont capables de distinguer les différences grammaticales de leurs deux langues maternelles dès les premiers mois de la vie.
À l'arrivée de leur premier enfant, beaucoup de couples bilingues se demandent comment lui parler afin de ne pas perturber son apprentissage du langage. Dans un article publié récemment dans la revue Nature Communications, Judit Gervain et Janet Werker montrent que les bébés bilingues sont capables de distinguer les spécificités de grammaire et de rythme de chaque langue, et donc d'apprendre les deux en parallèle sans retard.
L'étude menée à l'université canadienne de Vancouver, en collaboration avec l'université Paris Descartes, s'est intéressée à des bébés de 7 mois élevés dans une famille bilingue. Un des parents était anglophone alors que l'autre parlait une langue structurée différemment, telle que le japonais, le coréen, ou encore l'hindi. Dans ces langues, le verbe est toujours placé après le complément, contrairement à l'anglais (ou au français).
En faisant entendre différents enregistrements aux nourrissons, les chercheurs ont montré que l'élément-clé de la reconnaissance des langues est la prosodie, c'est-à-dire la hauteur de ton, le rythme et la durée des syllabes qui sont propres à chaque langage. Les bébés trouvent dans cette prosodie les indices nécessaires pour repérer les éléments de construction des phrases, caractéristiques de chaque langue, et qui leur permettent de les distinguer l'une de l'autre.

Aucun retard d'apprentissage

Les bébés auraient donc conscience de la grammaire? «La question peut surprendre car on a souvent l'idée que les enfants n'acquièrent la grammaire qu'après avoir appris des mots, explique Judit Gervain. Nos résultats indiquent cependant que les bébés très jeunes ont déjà acquis des règles élémentaires abstraites, qui leur permettent de distinguer les langages de leurs parents».
«Quand on parle de grammaire chez les bébés, il ne s'agit pas de règles comme nous les apprenons à l'école!», précise Sharon Peperkamp, directeur de recherche au Laboratoire de sciences cognitives et psycholinguistiques à l'École normale supérieure. Les tout-petits seraient en revanche capables de repérer les éléments de base des phrases et de se servir de ces indices pour construire un apprentissage distinct et en parallèle des deux langues.
Selon Barbara Abdelilah-Bauer, sociolinguiste auteur du Guide à l'usage de parents bilingues, «les parents sont de plus en plus angoissés concernant ce qu'ils doivent faire ou ne pas faire pour aider leur enfant dans l'apprentissage de plusieurs langues». Il n'est pas rare, ajoute-elle, qu'ils choisissent de ne parler qu'une seule de leurs deux langues à la maison, de crainte de perturber leur enfant. Or les chercheurs, dans leur étude, montrent que les bébés bilingues ne font pas plus d'efforts que les bébés monolingues pour apprendre les langues de leurs deux parents, et ne démontrent aucun retard. D'ailleurs, il y a une centaine d'années, «beaucoup d'enfants français évoluaient naturellement dans un environnement bi- ou multilingue du fait de l'utilisation très répandue des patois locaux», rappelle Sharon Peperkamp. Et Judit Gervain de conclure: «Le cerveau des bébés est tout à fait équipé pour gérer le bilinguisme, sans que cela représente un effort. Nous ne l'avons pas encore étudié mais les résultats seraient sans doute similaires dans un environnement multilingue.»
LIRE AUSSI:

sábado, 16 de febrero de 2013

Jean- Marie Le Clézio


Jean-Marie Gustave Le Clézio est né dans une famille dont les origines sont à la fois de Bretagne en France, de Grande Bretagne et de l'île Maurice. Né en 1940, il publie son premier roman 'Le Procès-verbal' à vingt-trois ans et reçoit le prix Renaudot. En 1980, il publie 'Désert', l'épopée d'une jeune descendante de touaregs, considérée comme son chef d' oeuvre. Le Clézio a également écrit des essais sur plusieurs civilisations nomades dont il a partagé l'existence (Indiens de Panama, Berbères du Maroc). Auteur d'une trentaine d'ouvrages, il est considéré comme un écrivain majeur, étudié dans les manuels scolaires. Ses livres expriment les beautés de la communication entre les êtres.
En octobre 2008,  il se voit décerner le prix Nobel de littérature. Sa première réaction est d'affirmer que la récompense « ne changera rien » à sa manière d’écrire.
Depuis de nombreuses années, il parcourt de nombreux pays dans le monde, sur les cinq continents, mais vit principalement à Albuquerque, et en France, à Nice et à Paris. 



Le chercheur d’or ( extrait)
« Du plus loin que je me souvienne, j’ai entendu la mer. Mêlé au vent dans les aiguilles des filaos, au vent qui ne cesse pas, même lorsqu’on s’éloigne des rivages et qu’on s’avance à travers les champs de canne, c’est ce bruit qui a bercé mon enfance. Je l’entends maintenant, au plus profond de moi, je l’emporte partout où je vais. Le bruit lent, inlassable, des vagues qui se brisent au loin sur la barrière de corail, et qui viennent mourir sur le sable de la Rivière noire. Pas un jour sans que j’aille à la mer, pas une nuit sans que je m’éveille, le dos mouillé de sueur, assis dans mon lit de camp, écartant la moustiquaire et cherchant à percevoir la marée, inquiet, plein d’un ésir que je ne comprends pas.
Je pense à elle comme à une personne humaine, et dans l’obscurité, tous mes sens sont en éveil pour mieux l’entendre arriver, pour mieux la recevoir. Les vagues géantes bondissent par-dessus les récifs, s’écroulent dans le lagon, et le bruit fait vibrer la terre et l’air comme une chaudière. Je l’entends, elle bouge, elle respire.
Quand la lune est pleine, je me glisse hors du lit sans faire de bruit, prenant garde à ne pas faire craquer le plancher vermoulu. Pourtant, je sais que Laure ne dort pas, je sais qu’elle a les yeux ouverts dans le noir et qu’elle retient son souffle. J’escalade le rebord de la fenêtre et je pousse les volets de bois, je suis dehors, dans la nuit. La lumière blanche de la lune éclaire le jardin, je vois briller les arbres dont le faîte bruisse dans le vent, je devine les massifs sombres des rhododendrons, des hibiscus. Le coeur battant, je marche sur l’allée qui va vers les collines, là où commencent les friches. Tout près du mur écroulé, il y a le grand arbre chalta, celui que Laure appelle l’arbre du bien et du mal, et je grimpe sur les maîtresses branches pour voir la mer par-dessus les arbres et les étendues de canne. La lune roule entre les nuages, jette des éclats de lumière. Alors, peut-être que tout d’un coup je l’aperçois, par-dessus les feuillages, à la gauche de la Tourelle du Tamarin, grande plaque sombre où brille la tache qui scintille. Est-ce que je la vois vraiment, est-ce que je l’entends ? La mer est à l’intérieur de ma tête, et c’est en fermant les yeux que je la vois et l’entends le mieux, que je perçois chaque grondement des vagues divisées par les récifs, et puis s’unissant pour déferler sur le rivage. Je reste longtemps accroché aux branches de l’arbre chalta, jusqu’à ce que mes bras s’engourdissent. Le vent de la mer passe sur les arbres et sur les champs de canne, fait briller les feuilles sous la lune. Quelquefois je reste là jusqu’à l’aube, à écouter, à rêver. A l’autre bout du jardin, la grande maison est obscure, fermée, pareille à une épave. Le vent fait battre les bardeaux disloqués, fait craquer la charpente. Cela aussi, c’est le bruit de la mer, et les craquements du tronc de l’arbre, les gémissements des aiguilles des filaos. J’ai peur, tout seul sur l’arbre, et pourtant je ne veux pas retourner dans la chambre. Je résiste au froid du vent, à la fatigue qui fait peser ma tête. »

sábado, 9 de febrero de 2013

CHAGRIN D´ÉCOLE (DANIEL PENNAC)


Article tiré de "Bonjour de France"

http://www.bonjourdefrance.com/blog/




«- Un livre de plus sur l’école, alors? Tu trouves qu’il n’y en a pas assez? 
- Pas sur l’école! Tout le monde s’occupe de l’école, éternelle querelle des Anciens et des Modernes: ses programmes, son rôle social, ses finalités, l’école d’hier, celle de demain… Non, un livre sur le cancre! Sur la douleur de ne pas comprendre, et ses dégâts collatéraux.»

Dès les premières pages du livre, le dialogue entre les deux frères nous révèle l’intention de l’auteur. Avec  Chagrin d’école  Daniel Pennac aborde le sujet de l’enseignement sous un nouvel angle, celui du mauvais élève, angle intéressant et original qui lui permet de nous présenter son propre parcours de mauvais élève en évoquant ses souvenirs et ses années de désarroi et en nous fournissant plusieurs réflexions et anecdotes sur ce sujet. Il parle aussi de l’école, de la famille, de l’échec et de ses élèves sans pourtant vouloir donner, dit-il, « ni méthode ni conseil pédagogique». Pourtant il ne s’agit ni d’une simple narration d’évènements ni d’une énumération d’anecdotes. Pennac a recours à l’humour, à la sincérité et à la tendresse pour décrire le comportement du mauvais élève et parvient à écrire un livre captivant qu’on lit avec beaucoup de plaisir. Mais c’est aussi son style fluide et léger, sa véritable implication dans le métier d’enseignant et son analyse profonde qui rendent son récit original. Car Pennac n’oublie pas qu’il est avant tout un romancier talentueux.

En effet, ce texte est à la fois une autobiographie et un essai sur l’école ou plutôt  «un essai narratif: un mixte entre le roman et l’essai» selon l’auteur. Chagrin d’école revêt le caractère d’une conversation intérieure. Ancien cancre, ancien professeur, écrivain, Pennac nous raconte son calvaire passé et l’angoisse de ses parents face à cet avenir « réduit à rien ». L’auteur y décrit la souffrance d’être considéré comme cancre, lui-même ayant eu cette «étiquette» depuis son enfance jusqu’à l’adolescence :


«Donc, j’étais un mauvais élève. Chaque soir de mon enfance, je rentrais à la maison poursuivi par l’école. Mes carnets disaient la réprobation de mes maîtres. Quand je n’étais pas le dernier de ma classe, c’est que j’en étais l’avant-dernier. (Champagne!) Fermé à l’arithmétique d’abord, aux mathématiques ensuite, profondément dysorthographique, rétif à la mémorisation des dates et à la localisation des lieux géographiques, inapte à l’apprentissage des langues étrangères, réputé paresseux (leçons non apprises, travail non fait), je rapportais à la maison des résultats pitoyables que ne rachetaient ni la musique ni le sport ni d’ailleurs aucune activité parascolaire. …
« Les bras m’en tombent », « Je n’en reviens pas », me sont des exclamations familières, associées à deux yeux d’adulte où je vois bien que mon incapacité à assimiler quoi que ce soit creuse un abîme d’incrédulité. Apparemment, tout le monde comprenait plus vite que moi. »
Les années scolaires ont donc été tristes et pénibles pour Pennac, tant sur le plan des notes que sur celui du comportement.

Dans Chagrin d’école Pennac nous fait comprendre qu’il y a beaucoup de douleur chez le mauvais élève qui laisse des traces. Il n’est pas toujours facile d’imaginer la vie de cet enfant qui vit dans une profonde solitude, ressent de la honte et a l’impression de ne jamais faire ce qu’il faut. En plus, il doit toujours trouver l’équilibre entre deux mensonges. D’une part, il faut mentir à ses professeurs pour justifier qu’il n’a pas fait ses devoirs et d’autre part il faut répondre à ses parents chaque fois qu’ils lui posent la question: « Comment ça s’est passé aujourd’hui ? ». Il doit toujours inventer de nouvelles excuses c’est pourquoi il finit par s’installer peu à peu dans un monde de refus et de rejet.Pourtant Chagrin d’école n’est pas un livre pessimiste. En fait, Pennac met plusieurs fois l’accent sur l’importance du regard du professeur sur l’élève. Après des journées interminables et des années de souffrance, c’est la rédemption. L’élève malheureux qu’il a été aura la chance inattendue de rencontrer un professeur qui découvrira son talent exceptionnel, qui ouvrira une porte et lui donnera un merveilleux sentiment de liberté. Ce professeur adopte, avec l’élève Pennacchioni (il s’agit du vrai nom de l’écrivain), une approche originale. Au lieu de lui demander d’écrire des dissertations, il lui propose plutôt d’écrire un roman, que le jeune Daniel devra livrer, chapitre par chapitre. Ainsi le mauvais élève parvient à se sauver grâce à une parole positive, un sentiment de confiance partagée car il s’aperçoit qu’il est digne d’amour, qu’il existe aux yeux des adultes et qu’il a de la valeur pour eux. Mais pour y parvenir, il faut qu’il sente un certain amour dans la transmission du savoir : l’amour de l’enseignant pour la matière qu’il enseigne mais aussi son amour pour la classe et pour chaque élève séparément.
Pennac rend hommage à tous ces enseignants-sauveurs dans le chapitre 11 du Chagrin d’école :
«Les professeurs qui m’ont sauvé - et qui ont fait de moi un professeur – n’étaient pas formés pour ça. Ils ne se sont pas préoccupés des origines de mon infirmité scolaire. Ils n’ont pas perdu de temps à en chercher les causes, et pas davantage à me sermonner. Ils étaient des adultes confrontés à des adolescents en péril. Ils se sont dit qu’il y avait urgence. Ils ont plongé. Ils m’ont raté. Ils ont plongé de nouveau, jour après jour, encore et encore… Ils ont fini par me sortir de là. Et beaucoup d’autres avec moi. Ils nous ont littéralement repêchés. Nous leur devons la vie.»



A partir de ce moment, Pennac se donne comme mission de sortir du coma scolaire une ribambelle d’hirondelles fracassées» et de combler l’écart entre deux mondes : celui des élèves et celui des professeurs.

« Nos « mauvais élèves » (élèves réputés sans devenir) ne viennent jamais seuls à l’école. C’est un oignon qui entre dans la classe : quelques couches de chagrin, de peur, d’inquiétude, de rancœur, de colère, d’envies inassouvies, de renoncement furieux, accumulées sur fond de passé honteux, de présent menaçant, de futur condamné. Regardez, les voilà qui arrivent, leur corps en devenir et leur famille dans leur sac à dos. Le cours ne peut vraiment commencer qu’une fois le fardeau posé à terre et l’oignon épluché. Difficile d’expliquer cela, mais un seul regard suffit souvent, une parole bienveillante, un mot d’adulte confiant, clair et stable, pour dissoudre ces chagrins, alléger ces esprits, les installer dans un pré­sent rigoureusement indicatif. Naturellement le bienfait sera provisoire, l’oignon se recomposera à la sortie et sans doute faudra-t-il recommencer demain. Mais c’est cela, enseigner c’est recommencer jusqu’à notre nécessaire disparition de professeur. Si nous échouons à installer nos élèves dans l’indicatif présent de notre cours, … leur existence tanguera sur les fondrières d’un manque indéfini. Bien sûr nous n’aurons pas été les seuls à creuser ces galeries ou à ne pas avoir su les combler, mais ces femmes et ces hommes auront tout de même passé une ou plusieurs années de leur jeunesse, là, assis en face de nous. Et ce n’est pas rien, une année de scolarité fichue : c’est l’éternité dans un bocal. »
Enfin, Pennac lutte contre les idées reçues et explique ce que l’on peut accomplir si l’on sait faire vivre ce fameux «présent d’incarnation» :
«Il faudrait inventer un temps particulier pour l’apprentissage. Le présent d’incarnation, par exemple. Je suis ici, dans cette classe, et je comprends, enfin ! Ça y est ! Mon cerveau diffuse dans mon corps : ça s’incarne. Quand ce n’est pas le cas, quand je n’y comprends rien, je me délite sur place, je me désintègre dans ce temps qui ne passe pas, je tombe en poussière et le moindre souffle m’éparpille. Seulement, pour que la connaissance ait une chance de s’incarner dans le présent d’un cours, il faut cesser d’y brandir le passé comme une honte et l’avenir comme un châtiment.»
Quelle est donc la conclusion qu’on peut tirer du livre de Daniel Pennac ?
L’échec scolaire n’est pas une fatalité. Il suffit qu’un enfant croise un professeur inspirant qui illumine sa vie et le fascine pour qu’il commence à aimer l’école.
Bref, Chagrin d’école est un livre que j’ai beaucoup aimé car, loin de donner aux enseignants des recettes magiques ou une leçon morale, il traite avec sensibilité un sujet délicat et parvient à toucher profondément le lecteur.


domingo, 20 de enero de 2013

Les maudits français (Lynda Lemay)


Lynda Lemay (née le 25 Juillet 1966 à Portneuf, Québec)


En un peu plus de 20 ans de carrière, Lynda Lemay a fait chavirer le coeur des Québécois, séduit celui de Charles Aznavour et conquis celui de la France entière. En 13 albums, elle nous a donné plus de 150 chansons et des milliers d'accords, des ballades touchantes et du rock irrévérencieux, de l'amour et des émotions pures. Elle nous a livré son âme et ses secrets, ses joies et ses peines, ses croyances et ses espoirs. En 13 albums et près de quatre millions d'exemplaires vendus dans le monde entier, elle a gravi les marches d'un podium réservé aux grands de la chanson francophone, aux légendes, aux immortels. 






Y parlent avec des mots précis
Puis y prononcent toutes leurs syllabes
À tout bout d'champ, y s'donnent des bis
Y passent leurs grandes journées à table


Y ont des menus qu'on comprend pas
Y boivent du vin comme si c'était d'l'eau
Y mangent du pain pis du foie gras
En trouvant l'moyen d'pas être gros

Y font des manifs aux quart d'heure
À tous les maudits coins d'rue
Tous les taxis ont des chauffeurs
Qui roulent en fous, qui collent au cul

Et quand y parlent de venir chez nous
C'est pour l'hiver ou les indiens
Les longues promenades en Ski-doo
Ou encore en traîneau à chiens

Ils ont des tasses minuscules
Et des immenses cendriers
Y font du vrai café d'adulte
Ils avalent ça en deux gorgées

On trouve leurs gros bergers allemands
Et leurs petits caniches chéris
Sur les planchers des restaurants
Des épiceries, des pharmacies

Y disent qu'y dînent quand y soupent
Et y est deux heures quand y déjeunent
Au petit matin, ça sent l'yaourt
Y connaissent pas les œufs-bacon

En fin d'soirée, c'est plus chocroute
Magret d'canard ou escargots
Tout s'déroule bien jusqu'à c'qu'on goûte
À leur putain de tête de veau

Un bout d'paupière, un bout d'gencive
Un bout d'oreille, un bout d'museau
Pour des papilles gustatives
De québécois, c'est un peu trop

Puis, y nous prennent pour un martien
Quand on commande un verre de lait
Ou quand on demande : La salle de bain
Est à quelle place, S.V.P ?

Et quand ils arrivent chez nous
Y s'prennent une tuque et un Kanuk
Se mettent à chercher des igloos
Finissent dans une cabane à sucre
Y tombent en amour sur le coup
Avec nos forêts et nos lacs
Et y s'mettent à parler comme nous
Apprennent à dire : Tabarnak

Et bien saoulés au caribou
À la Molson et au gros gin
Y s'extasient sur nos ragoûts
D'pattes de cochon et nos plats d'binnes

Vu qu'on n'a pas d'fromages qui puent
Y s'accommodent d'un vieux cheddar
Et y se plaignent pas trop non plus
De notre petit café bâtard

Quand leur séjour tire à sa fin
Ils ont compris qu'ils ont plus l'droit
De nous appeler les Canadiens
Alors que l'on est québécois
Y disent au revoir, les yeux tout trempés
L'sirop d'érable plein les bagages
On réalise qu'on leur ressemble
On leur souhaite bon voyage

On est rendu qu'on donne des becs
Comme si on l'avait toujours fait
Y a comme un trou dans le Québec
Quand partent les maudits français